Tibi 3 : 13 Mds€ pour stopper le décrochage deeptech français
Les startups deeptech françaises n'ont levé que 2,8 milliards d'euros en 2026, contre 4,1 milliards en 2025, soit un repli de 31 %. Face à cette contraction brutale, le gouvernement a activé Tibi 3, qui mobilise 13 milliards d'euros. Décryptage du dispositif et de ses effets attendus.

L'année 2025 avait été historique pour la deeptech française avec 4,1 milliards d'euros levés. Douze mois plus tard, le tableau est sensiblement différent : les startups deeptech n'ont collecté que 2,8 milliards d'euros en 2026, soit un recul de 31 %. Un décrochage significatif qui contraste avec la dynamique affichée par l'intelligence artificielle, dont les investissements dans les startups françaises ont dépassé 4,2 milliards d'euros en 2025 et devraient franchir les 5 milliards en 2026. La deeptech, au sens strict — biotech, matériaux, énergie, hardware — subit donc une compression que l'IA ne compense pas mécaniquement.
Pourquoi le repli est structurel, pas conjoncturel
Plusieurs signaux convergent pour expliquer ce ralentissement. Les fonds VC les plus sélectifs du marché français affichent des taux d'acceptation oscillant entre 3 et 5 %, selon Mag Startup. La pression sur la qualité des dossiers s'est accentuée : les investisseurs exigent désormais une preuve d'usage concrète avant d'engager des tickets significatifs. Dans les tours précoces, les fonds veulent de l'IA appliquée, ancrée dans un métier, avec un retour sur investissement clair — une posture qui pénalise les projets deeptech à cycles longs, dont la valorisation reste difficile à justifier en phase pilote. Pour une startup B2B standard, une Series A autour de 8 à 10 millions d'euros requiert désormais trois grands clients et un renouvellement fort. Les deeptech, dont les timelines de maturation dépassent souvent cinq ans, peinent à cocher ces cases.
Tibi 3 : architecture et logique du dispositif
Face à ce décrochage, le gouvernement a activé Tibi 3, qui mobilise 13 milliards d'euros. Le mécanisme s'inscrit dans la continuité des précédentes itérations Tibi, dont l'objectif central est d'orienter l'épargne institutionnelle française — assureurs, fonds de pension, grands corporates — vers le financement des startups technologiques. Tibi 3 intervient dans un contexte où les enjeux de souveraineté technologique influencent fortement les stratégies des fonds VC, selon le Baromètre France Digitale x EY 2026. Les sommes engagées dans la défense augmentent de 6 points par rapport à 2025, signe que l'allocation sectorielle du capital évolue sous contrainte géopolitique autant qu'économique.
Les dispositifs publics complémentaires déjà actifs
Tibi 3 ne fonctionne pas en isolation. L'écosystème deeptech français dispose d'un maillage de financements publics qui couvrent chaque stade de maturité. Bpifrance reste l'acteur central de ce maillage, notamment via l'Aide au Développement Deeptech (ADD), qui peut atteindre 2 millions d'euros en combinant subvention et avance récupérable pour financer un programme de recherche industrielle ou de développement expérimental sur 12 à 36 mois. Une trajectoire de financement type pour une deeptech française en 2026 combine plusieurs briques successives :
- Subvention French Tech de 30 000 euros au stade pré-amorçage
- Prêt Bpifrance de 100 000 euros associé à des business angels en amorçage
- Aide au Développement Deeptech (ADD) jusqu'à 2 millions d'euros via Bpifrance pour les projets de rupture de 12 à 36 mois
- Levée Series A à partir de 8 à 10 millions d'euros pour les projets disposant de traction client démontrée
- Accès aux fonds orientés défense et souveraineté, en progression de 6 points en 2026 vs 2025
Ce que Tibi 3 ne résoudra pas seul
Mobiliser 13 milliards d'euros est une condition nécessaire, pas suffisante. Le principal goulot d'étranglement de la deeptech française n'est pas uniquement capitalistique : il est structurel. Les fonds VC, même abondés par des mécanismes institutionnels, continuent d'appliquer des critères de sélection calqués sur des modèles de croissance SaaS inadaptés aux cycles longs de la deeptech. Des investisseurs comme Andera Partners, Sofinnova Partners, Supernova Invest, Mérieux Equity Partners ou encore Bpifrance — tous actifs sur des tours récents — ont la capacité d'absorber des tickets deeptech significatifs, mais la pression sur les délais de retour reste forte. ForgePoint Capital International, Bright Pixel Capital et Seventure Partners illustrent également cette réalité : le capital existe, mais il s'oriente prioritairement vers des actifs dont la lisibilité commerciale est immédiate.
Les secteurs qui pourraient bénéficier en priorité
L'orientation souveraineté-défense du Baromètre France Digitale x EY 2026 suggère que Tibi 3 profitera d'abord aux deeptech à double usage civil-militaire, à la cybersécurité — dont les plateformes de gestion des vulnérabilités attirent des fonds spécialisés — et aux technologies de rupture alignées sur les priorités industrielles nationales. La FoodTech deeptech, à l'image des startups structurant des filières de biomatériaux, reste plus périphérique dans l'allocation initiale. Le French Tech Next40/120, dont le comité de sélection 2026 distingue 40 entreprises à fort potentiel, constitue un signal d'éligibilité indirect pour les fonds cherchant des cibles labellisées.
L'enjeu pour les décideurs : arbitrer entre attente et action
Pour les fondateurs et CTOs de deeptech, la fenêtre Tibi 3 représente une opportunité concrète, à condition de l'anticiper. Les fonds VC les plus sélectifs maintiennent des taux d'acceptation de 3 à 5 % : la qualité du dossier, la démonstration d'un usage industriel tangible et le calendrier de dépôt ADD auprès de Bpifrance restent les leviers prioritaires. Tibi 3 peut desserrer la contrainte macro, mais il ne modifie pas les critères micro de sélection des fonds. La compétition pour le capital deeptech en France reste serrée — et la reprise de 2025 n'est pas garantie pour 2027.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que Tibi 3 et quel est son montant total ?
Tibi 3 est un mécanisme gouvernemental français mobilisant 13 milliards d'euros pour orienter des capitaux institutionnels vers les startups technologiques, activé en réponse au repli de 31 % des levées deeptech en 2026 (2,8 Mds€ contre 4,1 Mds€ en 2025).
Pourquoi les levées deeptech ont-elles chuté en 2026 ?
Les startups deeptech françaises n'ont levé que 2,8 milliards d'euros en 2026, contre 4,1 milliards en 2025, soit -31 %. Les fonds VC privilégient désormais l'IA appliquée à ROI immédiat et des projets avec traction client démontrée, pénalisant les cycles longs de la deeptech.
Quels dispositifs publics complètent Tibi 3 pour financer une deeptech en France ?
Bpifrance propose l'Aide au Développement Deeptech (ADD) jusqu'à 2 millions d'euros, combinant subvention et avance récupérable pour des projets de 12 à 36 mois. Une trajectoire type inclut aussi une subvention French Tech de 30 000 euros en pré-amorçage et un prêt Bpifrance de 100 000 euros en amorçage.
Quels secteurs deeptech devraient bénéficier en priorité de Tibi 3 ?
Les technologies à double usage civil-militaire, la cybersécurité et les deeptech alignées sur les priorités de souveraineté industrielle nationale sont les premières bénéficiaires attendues. Les sommes engagées dans la défense ont progressé de 6 points en 2026 vs 2025, selon le Baromètre France Digitale x EY.