Deeptech 2026-2027 : défense et spatial s'imposent chez les VC français
Selon EY, la deeptech reste la première priorité des investisseurs français pour 2026-2027. Mais le signal fort de cette rentrée est ailleurs : défense et technologies spatiales progressent nettement dans les intentions de financement. Un rééquilibrage sectoriel que les décideurs tech ne peuvent ignorer.

La deeptech française entre dans une phase de maturité inconfortable : les capitaux affluent, mais les exigences se durcissent. Pour 2026-2027, la deeptech reste la première priorité des investisseurs interrogés par EY. Ce n'est pas une surprise. Ce qui l'est davantage, c'est la progression marquée de la défense et des technologies spatiales dans leurs intentions d'allocation — deux secteurs longtemps considérés comme périphériques par les fonds généralistes français.
L'IA aspire l'essentiel des tickets courts terme
Sur le terrain des levées de fonds, la semaine du 14 au 18 septembre 2026 illustre la concentration en cours. Neuf startups françaises ont levé 42,2 millions d'euros au total. Six d'entre elles, toutes positionnées sur l'intelligence artificielle au cœur de leur produit ou de leurs opérations, concentrent 34,5 millions d'euros — soit près de 82 % du total hebdomadaire. Ce chiffre n'est pas un pic conjoncturel : il confirme une tendance structurelle observable depuis plusieurs trimestres.
Ce contexte suit une semaine exceptionnelle portée par Mistral AI, dont la levée hors norme a temporairement gonflé les statistiques globales. Le retour à des tickets resserrés la semaine suivante rappelle que le marché français opère sur deux vitesses : quelques acteurs capables d'attirer des financements massifs, et une majorité de startups qui évoluent dans un couloir de 2 à 10 millions d'euros. Le ticket médian stagne d'ailleurs à 3,8 millions d'euros, et la Série A s'est imposée comme le véritable juge de paix pour la survie des projets.
Défense et spatial : la recomposition stratégique des portefeuilles VC
La progression de la défense et du spatial dans les intentions des investisseurs interrogés par EY traduit une recomposition plus profonde. Pendant longtemps, le capital-risque français a évité ces secteurs, contraints par des cycles longs, des marchés clients concentrés autour des États et des exigences réglementaires spécifiques. Ce positionnement évolue sous l'effet conjugué des tensions géopolitiques et d'une redéfinition des priorités européennes en matière de souveraineté technologique.
Pour les startups déjà actives dans ces domaines, ce signal est significatif : le capital institutionnel commence à se repositionner avant que les deals ne se raréfient. Pour celles qui envisagent un pivot ou une extension vers ces marchés, la fenêtre d'entrée est ouverte — mais les exigences de structuration financière et juridique se sont également renforcées, les fonds devenant plus sélectifs dans un environnement économique contraint.
Le défi du passage à l'échelle : le vrai goulot d'étranglement
La France a produit en 2025 un écosystème deeptech capable de lever 4,1 milliards d'euros, porté notamment par Mistral AI et le narratif de la souveraineté numérique. Mais l'enjeu structurant pour 2026-2027 n'est plus l'amorçage : c'est l'industrialisation. Le plan Deeptech actualisé identifie clairement ce point de rupture. Deux dispositifs majeurs ont été mobilisés pour y répondre : le Scale Up Europe Fund, ciblant 5 milliards d'euros sous gestion, et le fonds Deeptech 2030 opéré par Bpifrance. Sans ces volumes de capitaux en phase de croissance, le risque est documenté — voir les technologies les plus prometteuses partir à l'étranger ou perdre la bataille de l'échelle face à des écosystèmes mieux dotés.
Cybersécurité : secteur en expansion, mais avec un plafond de verre visible
La cybersécurité française illustre bien la tension entre dynamisme et consolidation. Les investissements atteignent 304 millions d'euros en 2026, contre 289 millions l'année précédente — une progression solide dans un contexte économique incertain. Mais le secteur présente aussi un signal d'alerte : 24 startups sont sorties du périmètre des acteurs suivis uniquement en raison de leur ancienneté, sans avoir réussi à franchir le cap de scale-up. Ce « plafond de verre » dans la croissance n'est pas propre à la cybersécurité, mais il y est particulièrement visible.
Ce que cela implique concrètement pour les décideurs
- La deeptech reste la première priorité des VC français selon EY, mais l'allocation sectorielle se diversifie vers défense et spatial — anticiper ce mouvement avant qu'il ne se reflète dans les valorisations.
- L'IA capte 82 % des capitaux sur les deals courts termes : les startups non-IA doivent justifier leur différenciation avec une traction internationale démontrable dès la Série A.
- Le Scale Up Europe Fund (5 milliards d'euros cible) et le fonds Deeptech 2030 de Bpifrance sont les deux véhicules à surveiller pour les tours de croissance et d'industrialisation.
- En cybersécurité, 304 millions d'euros levés en 2026 confirment l'attractivité du secteur, mais le passage au stade scale-up reste le filtre critique.
- Le ticket médian à 3,8 millions d'euros et la Série A comme juge de paix imposent une structuration financière et juridique robuste avant toute approche des fonds institutionnels.
- Les deeptech en aérospatial, santé, biotech, software et technologies industrielles continuent d'attirer des financements constants selon les données d'avril 2026 — des secteurs à valoriser dans les narratifs de levée.
La recomposition en cours n'est pas un retournement de marché : c'est une sophistication. Les investisseurs français restent présents sur la deeptech, mais ils arbitrent désormais avec plus de précision entre les secteurs, les stades de maturité et les capacités d'industrialisation. Pour les fondateurs et CTOs qui construisent des roadmaps à 18-24 mois, le message est clair : la vision produit ne suffit plus, c'est la démonstration du passage à l'échelle qui ouvre les tours suivants.
Questions fréquentes
Quelle est la priorité numéro un des investisseurs français pour 2026-2027 selon EY ?
Selon EY, la deeptech reste la première priorité des investisseurs français pour 2026-2027. Défense et technologies spatiales progressent nettement dans leurs intentions, marquant un rééquilibrage sectoriel notable.
Quelle part des levées de fonds françaises l'IA capte-t-elle en septembre 2026 ?
Sur la semaine du 14 au 18 septembre 2026, six startups IA ont concentré 34,5 millions d'euros sur 42,2 millions levés au total, soit près de 82 % des capitaux de la semaine.
Quels dispositifs publics soutiennent le passage à l'échelle des deeptech françaises ?
Deux dispositifs majeurs ont été mobilisés : le Scale Up Europe Fund, avec une cible de 5 milliards d'euros sous gestion, et le fonds Deeptech 2030 opéré par Bpifrance, tous deux dédiés aux phases de croissance et d'industrialisation.
Quel est le ticket médian pour une startup française en 2026 ?
Le ticket médian stagne à 3,8 millions d'euros en 2026. La Série A s'est imposée comme le juge de paix, et les startups doivent désormais prouver leur traction internationale dès ce stade pour convaincre les investisseurs.